23/11/2005

Atelier 2

Ce matin en ouvrant les volets, j’ai vu la pluie arriver. L’hiver s’avance à grands pas et avec lui le froid. Je me suis vêtue chaudement. Malgré la grève des transports, j’ai réussi à atteindre l’Estaque en deux heures. Lorsque je suis arrivée dans l’atelier, petits et grands étaient déjà là. Après un brin de conversation, j’ai donné la consigne : « Je t’écris d’un pays lointain… ».

Je t’écris d’un pays lointain…


Je t’écris d’Amérique. Je vois des fourmis rouges, des fleurs qui bougent, des arbres, des oiseaux de toutes les couleurs, des chevaux, des bisons. Ils parlent tous américain. Il y a des cow boys. Je suis policier. J’ai un cheval qui court vite. Ma vie, c’est d’arrêter les gens qui font n’importe quoi. Je n’en arrête pas beaucoup. J’aime plutôt me promener pour regarder le paysage et écrire mon carnet. Dedans, j’y note les choses qui ne sont pas bonnes à faire : voler, chasser les animaux sans permission…
Allez cher copain, au revoir.

Shérif
8 ans



Je t’écris d’un pays lointain qui s’appelle Espagne. Là-bas, j’ai un travail. Ma passion , c’est de peindre des tableaux. J’ai déjà vendu dix tableaux. J’adore peindre le paysage de la mer et les bateaux quand ils rentrent au port.
J’ai plein d’amis. Ils sont rigolos. Ils travaillent tous dans un cirque. Mes amis s’appellent Nicolae, Thomas, Ilona. Nicolae et Thomas font rire les gens. Ilona est jongleuse. Le nom de leur cirque, c’est le Cirque Papasta.
J’habite dans une grande maison avec piscine. Je mange souvent de la paella. En plus, tous les dimanches, il y a les arènes avec les taureaux.
Dans deux jours, je te donnerai de mes nouvelles.
Gros bisous, maman.

Kevin
10 ans



Je t’écris d’un pays lointain. Ce pays se nomme Sapin. Il y fait très froid. Il n’y a pas d’habitants. Dans cette ville, il y a des voitures volantes conduites par des extra-terrestres verts qui s’appellent Moramed. Les filles s’appellent Zoubida. Elles sont belles.

Zina
9 ans et demi



Cher Matisse,

Je t’écris de la Linoide. Il y a des dinosaures, des champs de glaces et de bonbons. Ce pays est petit, mais assez grand pour tout le monde. Tout le pays est en bonbons, caramels et d’autres friandises. Dès notre naissance, on sait déjà tout ce qu’il faut apprendre. On joue. Il n’y a pas d’école. Viens me rendre visite.
Au revoir.

Dane
8 ans



Je t ‘écris de Bougainville. Il n’y a que des métros et des bus. Dans cette ville, il y a trop de pollution. On ne peut pas y vivre. Il n’existe pas de voitures. Les bus et les métros sont conduits par des fantômes. Moi, j’y suis prisonnière. Dans cette prison, je trouve des cages et du samos. Dans le samos, je trouve des fines herbes.

Imane
10 ans



Cher ami,

Je t’écris d’un pays lointain où les gens sont très agréables. Ils s’amusent souvent, même lorsqu’ils travaillent. Ce pays est très différent de ta planète. Ici, il y a huit lunes de huit couleurs différentes : l’une est bleue, l’autre est jaune, puis verte, rouge, blanche, transparente, violette et enfin orange. Chaque lune se lève et tourne lorsque la suivante arrive et ainsi de suite. Parfois, elles apparaissent ensemble et circulent dans le ciel, en désordre. On ne peut jamais calculer leurs trajectoires. Comme si elles s’amusaient elles aussi… Il n’y a pas de soleil, mais il fait jour tout le temps. Pour dormir, on s’endort lorsque nous avons besoin ou envie de nous reposer.
Pour en revenir aux habitants, ils sont joyeux tout le temps. S’il leur arrive d’être triste, ils en profitent pour être deux fois plus contents.
Nous vivons dans des cabanes en roseaux, en glaçons, en pierres, en pailles. Tout est bon pour construire un abri bien à soi. Parfois, nous inventons que nous avons construit une maison qui n’existe pas. Puis, nous dormons à la belle étoile.
Curieusement, ce pays n’a pas de nom. Nous y vivons bien et cela nous suffit. C’est le pays de chez nous, c’est tout.
La prochaine fois, je te parlerai mieux de nos coutumes de vie.

Gilles
39 ans



A mes amours,

Je t’écris d’un pays lointain que l’on n’atteint que par avion. La nature y est rude, sévère. Elle nécessite beaucoup d’endurance. Le froid qu’il y fait ne laisse aucun cadeau. C’est le pays des nuits interminables pendant une grande partie de l’année.
Dans ma mission d’exploratrice, j’ai été débarquée il y a quelques jours avec mon co-équipier pour observer les manchots. Ce petit peuple à la démarche nonchalante, presque un peu pataude, et pourtant… Au moment de la période de ponte, ils se regroupent tous, les femelles passant aux mâles le relais pour couver les œufs. Longue période pendant laquelle elles rejoindront la mer pour se nourrir et se renforcer.
je suis gelée, même emmitoufflée dans mon duvet et le bonnet enfoncé au bas de mes oreilles. Les gants épais ne parviennent pas à réchauffer mes extrémités. Pas une âme, que nous deux. Si un avion apparaissait, ô combien nous serions tentés pour repartir, mais la leçon que nous donnent ces êtres serrés les uns contre les autres en une immense manchoterie, nous ramène à beaucoup d’humilité. Le vent très fort qui siffle, qui redouble d’énergie comme pour vouloir les balayer, les rendent encore plus résistants et solidaires.
Bien sûr, je songe à vous tous qui êtes au chaud près de nos plages, devant notre mer bleue, cette Méditerranée qui fait partie de moi. J’aimerais être avec vous à cette minute, mais je regarde par la lucarne de mon télescope et je me dis que bien des gens m’envieraient ! Cette banquise que je m’imaginais est devenue réalité aujourd’hui. Elle me cache encore bien des choses que j’ai hâte de découvrir.

Ginette


Je t’écris d’un pays lointain… pas si lointain que ça, mais je me sens tellement loin de mes soucis quotidiens que j’ai l’impression d’être au bout du monde.
Je suis dans un petit village bâti tout en hauteur. Quand je l’aborde, il me faut monter ou descendre et vice-versa. Aïe, mes pauvres genoux !
Les gens que je croise dans la rue me disent « bonjour », même sans me connaître. Qu’est-ce que ça change de Marseille !!!
Une fois sortie du village, il y a de belles ballades à faire sur le plateau qui, l’été est tout bleu et jaune. La lavande et le blé, c’est magnifique.
En ce moment, tout a été moissonné. Les couleurs ont été remplacées par les odeurs. La lavande on la sent partout. Elle imprègne tout.
Un peu plus loin, il y a un bois où on peut aller marcher. Il y a une fontaine qui rafraîchit le site, et bien cachée au fond du bois, une petite chapelle fleurie par des promeneurs anonymes.
Après la ballade, de loin, on repère le village par son église monumentale. Elle est classée et très belle, même un peu trop majestueuse à mon gré. Elle possède un clocher et une horloge qui sonne toutes les heures, jour et nuit. C’est un peu le cœur de la ville qui nous accompagne tout au long de la journée.
Ce n’est pas le bout du monde, mais qu’est-ce qu’on y est bien.

Josette
65 ans



Ma très chère fille,

Je t’écris d’un pays lointain qui se trouve au bord de la mer et dans la montagne. L’air est pur. Le village est plein de monde. Le pays s’appelle l’Algérie. C’est un pays magnifique pour y passer des vacances. Il y a de la verdure et des animaux.

Sakina


Chère amie,

C’est l’automne. Je t’écris de la montagne, des Alpes. Je suis dans mon chalet. De la fenêtre, je vois la neige sur le haut des sommets, les grands arbres verts, les pistes de ski pas encore couvertes de neige, et je nous imagine dans quelques mois les dévalant à toute vitesse. Ce sont les vacances. L’air pur, le soleil, le beau paysage nous font oublier la pollution, le bruit et le stress de la ville.
A midi nous sortirons notre pique-nique dans le refuge en buvant une bonne tasse de thé. Elle nous réchauffera, puis nous retournerons dans notre chalet remplis de la sérénité de cette belle journée. Le soleil se couchera derrière les cimes. L’ombre petit à petit envahira la montagne et mon cœur sera plein de calme et de joie.
A bientôt.

Raymonde
84 ans


Pendant la seconde séance, les enfants ont terminé le coloriage des cartes qui vont nous permettre d’écrire un conte ou des contes.
Les adultes ont répondu par écrit à la question :

pourquoi cet atelier ?

C’est vrai qu’écrire est pour moi un très grand plaisir et que seule, à la maison, je ne suis pas conditionnée pour prendre un instant –me concentrer et saisir mon stylo bic- Tout se passe plutôt dans ma tête. Lorsque l’occasion m’a été donnée de faire cet atelier, je ne m’attendais pas à le partager avec des enfants, et je suis aussitôt conquise par leur contact. Je manque de concentration pour laisser courir ma plume et je voudrais les aider à exprimer ce qu’ils ressentent. Certains, c’est avec des paroles qu’ils me racontent de belles histoires. Je n’aurais pas cru qu’il y ait dans leur petite tête autant d’imagination. Le plus timide se fait bavard et ses yeux reflètent tout le rêve qui l’habite, d’autres s’expriment par le dessin et y trouvent un grand plaisir. Ceux qui sont un peu plus grands connaissent déjà la façon de s’exprimer par l’écriture. Mais tous ont une imagination débordante, et du coup, je suis plus captivée par leurs agissements que par mon désir d’écrire. Mais ce désir est là puisque j’écris cette page et que ces enfants m’apportent beaucoup. Leur contact m’enrichit.

Raymonde


Pourquoi cet atelier ?
  • retrouver les collègues avec qui nous avions fait un bout de chemin.
  • assouvir mon envie d’écrire.
  • faire quelque chose de constructif.
  • continuer de me surprendre.
  • favoriser les échanges, notamment avec les enfants si différents, si spontanés, si imaginatifs.
  • pour me nourrir des autres, de la génération qui arrive.
  • pour être avec toi, Antonella, en qui j’ai une totale confiance, et qui, je le sais, nous transportera dans une belle aventure.
  • pour faire mon apprentissage de grand-mère.
Ginette


Je suis venu à l’atelier d’écriture pour le plaisir d’écrire avant tout ; également, afin de partager un moment avec mes deux enfants et vivre ce moment dans leur lieu de tous les jours, c’est-à-dire leur école. J’ai été aussi attiré par le fait de partager ce temps de vie avec d’autres enfants. Puis, mon plaisir a été surpris par la présence de trois grand-mères, Josette, Ginette et Raymonde. Nous partageons à nous tous, deux heures de dessins, d’écritures, d’imaginaires. Chacun semble baigner dans son élément.
En fait, je n’ai pas hésité à venir. Donc, je n’ai pas trop réfléchi à savoir pourquoi je suis là aujourd’hui. Je suis content de me trouver ici avec toute cette ribambelle d’écrivains et dessinateurs en herbes de Provence. Voilà.

Gilles

Pourquoi cet atelier d’écriture avec les enfants ?
Je ne me suis pas trop posée de questions. J’avais déjà fait un atelier d’écriture avec Antonella. J’avais beaucoup apprécié cet atelier, et surtout de retrouver les copines. Je suis donc revenue spontanément avec la même bande, plus les enfants et d’autres parents. Le cercle s’agrandit. On a d’autres points de vue. Sur chaque thème on a tellement de textes différents. C’est très enrichissant. Les enfants ont une telle imagination. Nous, adultes, nous partons souvent du concret, de la réalité ; les enfants sont dans l’imaginaire, dans le rêve. C’est super.

Josette

Ecrire un commentaire